Histoire du karité : d’Ibn Battuta à aujourd’hui

Histoire du karité : d’Ibn Battuta à aujourd’hui

L’arbre à karité (Vitellaria paradoxa) pousse dans la savane africaine depuis des millénaires. Pourtant, sa présence dans les sources écrites n’est attestée qu’à partir du XIVe siècle, lorsque le voyageur arabe Ibn Battuta traverse l’Afrique occidentale et mentionne un beurre végétal utilisé par les populations locales. Cette histoire longue et peu connue mérite d’être racontée.

Ibn Battuta et la première mention connue (XIVe siècle)

En 1352-1353, le grand voyageur et géographe arabe Ibn Battuta traverse le Mali et le Sahel occidental au cours de son grand périple africain. Dans son Rihla (le récit de ses voyages), il mentionne un beurre végétal utilisé pour la cuisine et l’éclairage dans les villages qu’il traverse. Les historiens s’accordent à identifier ce beurre comme du karité, issu des noix de l’arbre local que les populations récoltaient et transformaient. C’est la première mention écrite connue de cet ingrédient dans des sources extérieures à l’Afrique.

La « découverte » européenne du XVIIIe siècle

Ce sont les explorateurs et botanistes européens du XVIIIe siècle qui « redécouvrent » le karité pour le public scientifique occidental. Le naturaliste écossais Mungo Park, lors de ses expéditions dans l’intérieur de l’Afrique de l’Ouest (1795-1806), décrit en détail la récolte et la transformation des noix de karité par les femmes locales. Il en rapporte des échantillons en Europe et en vante les qualités. C’est à cette époque que le beurre commence à intéresser les marchands européens.

Le karité « arbre des femmes » : un statut social unique

Dans toute l’Afrique soudano-sahélienne, l’arbre à karité est historiquement et culturellement associé aux femmes. La récolte des noix tombées au sol, leur transformation en beurre et la vente constituent une source de revenus traditionnellement contrôlée par les femmes dans des sociétés patriarcales. Ce statut d’autonomie économique a été reconnu et valorisé dans les programmes de développement modernes.

Aujourd’hui, on estime que 16 millions de femmes en Afrique de l’Ouest sont impliquées dans la filière karité, dont la grande majorité dans l’extraction artisanale. Des organisations comme le Global Shea Alliance et l’USAID soutiennent ces filières pour améliorer les conditions de travail et les revenus des productrices.

Le karité dans l’industrie cosmétique mondiale (XXe-XXIe s.)

La commercialisation à grande échelle du karité pour la cosmétique débute réellement dans les années 1980, avec l’émergence des marques de cosmétiques naturels en Europe et aux États-Unis. The Body Shop, fondée par Anita Roddick, popularise le karité comme ingrédient « naturel et éthique » dans les années 1990 avec son célèbre Body Butter. Depuis, il est intégré dans des milliers de produits cosmétiques à travers le monde.

Aujourd’hui, le marché mondial du beurre de karité pèse plusieurs milliards de dollars. L’enjeu est désormais de s’assurer que cette valorisation bénéficie réellement aux productrices africaines et que la filière reste durable face à une demande croissante.

Guide complet sur le karité brut

Fondatrice de Secrets d Afrique, Khadidjia Sakho partage sa passion pour les savoirs ancestraux africains et les trésors naturels d Afrique de l Ouest. Née entre deux cultures, elle sélectionne et importe directement des produits authentiques sourcés auprès de coopératives de femmes au Burkina Faso, au Sénégal, au Bénin et en Côte d Ivoire.

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